23 Novembre 2018

Pierre Gfeller: de médecin à gestionnaire

Depuis mai 2018, Dr Pierre Gfeller dirige le Centre universitaire de santé McGill. Son parcours professionnel en tant que médecin, puis comme gestionnaire du réseau de la santé et des services sociaux, est impressionnant. Dans le cadre de Signé ESG, infolettre destinée à nos diplômés, nous lui avons posé quelques questions.
Pierre Gfeller

Vous avez occupé, depuis les 20 dernières années, des postes clés dans l’administration en milieu hospitalier. Comment ces responsabilités vous ont-elles préparé à devenir le nouveau président-directeur général du Centre universitaire de santé McGill (CUSM)?

J’ai effectivement consacré mes 20 dernières années professionnelles à l’administration hospitalière. Cependant, il faut bien comprendre que je ne suis pas devenu gestionnaire du réseau de la santé du jour au lendemain. Pour la petite histoire, après une formation à l’Université McGill, j’ai pratiqué la médecine durant 15 ans. Puis, graduellement, j’ai assumé à temps partiel des mandats de chef de département et de président du Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP).

Puis, en 1998, j’ai endossé le chapeau de gestionnaire à temps plein. Au fil des ans, j’ai travaillé un peu partout au Québec, notamment en tant que directeur général du CSSS d’Antoine-Labelle. En 2012, je deviens directeur général de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal et, trois ans plus tard, au moment de la fusion des établissements de santé, je suis nommé au poste de PDG du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux du Nord-de-l’Île-de-Montréal (CIUSSS). Mon expertise en gestion du changement dans le contexte de la réorganisation des services de santé et des services sociaux a participé à l’intégration des hôpitaux, des cliniques spécialisées, des CHSLD et des CLSC.

On peut dire que mon passage au CIUSSS m’a parfaitement préparé à assumer le poste que j’occupe aujourd’hui en tant que PDG du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Même si le CUSUM est un établissement non fusionné, il gagnerait, selon moi, à s’intégrer un peu plus au réseau de santé montréalais et québécois. Je travaillerai donc encore une fois à consolider des partenariats solides.

Vous avez une formation de médecin. Après 15 ans de pratique, vous avez graduellement fait le saut vers l’administration. Quel a été l’apport de vos études de MBA à l’ESG UQAM dans le développement de votre carrière d’administrateur hospitalier?

Selon moi, on ne peut longtemps faire de la gestion par oreille. De la même façon que j’ai étudiée pour devenir médecin, j’ai pris le temps de me donner un cadre solide en gestion. J’avais déjà à mon actif un DESS en santé publique, acquis en 1987, mais l’ajout d’un MBA pour cadres allait me donner des outils supplémentaires, un meilleur cadre de réflexion et de compréhension en matière de gestion.

À l’époque, c’est-à-dire il y a vingt ans, l’ESG UQAM était la seule université qui offrait en week-end de trois jours une formation de MBA pour cadres. Durant deux ans, j’ai donc pu continuer à pratiquer la médecine, tout en retournant sur les bancs d’école. J’ai complété mon MBA pour cadres en 2000.

Sur les 120 étudiants inscrits, deux seulement provenaient du réseau de la santé. La multiplicité des secteurs d’activités des étudiants a participé à une atmosphère de travail d’équipe riche et dynamique. Les gens du privé ne réfléchissent pas nécessairement comme ceux du public, mais, en tant que gestionnaire en milieu hospitalier, nous avons à prendre nous aussi des décisions d’affaires, nous avons à gérer le risque qu’il soit financier ou réputationnel.

Enfin, le mélange d’apprentissages formel et pratique dispensés par l’ESG UQAM nous permettait le lundi, de retour au travail, de mettre déjà en pratique les notions apprises durant le week-end.

Votre style de gestion met l’accent, notamment, sur la qualité des soins de santé et les relations de travail positives et constructives. Avez-vous toujours les mêmes visées pour le CUSM? Quelles sont les autres ambitions qui nourriront votre mandat?

Comme je l’ai fait pour le CIUSSS, je mettrai toutes mes énergies à l’amélioration des services offerts à la population desservis par le CUSM et au bien-être du personnel et des médecins qui y travaillent. Je dirais plus, j’essaierai de concilier ces deux visées afin que les employés aient une qualité de vie au travail qui aura des répercussions positives sur les patients.

Le CUSM a connu des années difficiles. On a énormément entendu de manchettes négatives dévalorisant ce milieu hospitalier et le milieu hospitalier en général. Ces manchettes découragent nombre de femmes et d’hommes qui voudraient intégrer une profession médicale en tant que préposés, infirmiers, médecins, etc. ou les démotivent tout simplement.

En tant que leader, je dois participer à changer le climat, à restaurer la confiance, à valoriser les professions du milieu hospitalier. Le CUSM fait des choses qui ne se font nulle part ailleurs au Québec dans certaines spécialités, c’est le 4e plus grand centre de recherche au Canada en milieu hospitalier. Tout ça mérite d’être reconnu.

Aussi, on doit travailler la qualité des services, impliquer les familles, intégrer, comme je l’ai déjà dit, le CUSM au réseau québécois de santé et de services sociaux. Le CUSM est souvent perçu comme l’hôpital des Anglais. Faut changer cette vision-là. Quand je demande aux patients s’ils ont été traités dans leur langue, la réponse est invariablement oui. 60 % de notre personnel est francophone.

Comment positionnez-vous le CUSM parmi les autres institutions hospitalières?

La mission du CUSM est avant tout d’offrir des services tertiaires et quaternaires, c’est-à-dire des services spécialisés et ultraspécialisés, à l’ensemble de la population de Montréal et du Québec. On va continuer à poursuivre cette mission, en collaboration avec les institutions qui ont des responsabilités plus populationnelles, les CIUSSS notamment. On va donc poursuivre notre mandat de services surspécialisés en partenariat avec d’autres institutions de premières lignes.

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