15 Février 2019

Le Brexit : un divorce consommé, mais pas assumé ?

Le 29 mars prochain sonnera probablement le glas de plus de quarante années de mariage entre l’Union européenne et le Royaume-Uni. Entre le déclin économique entamé prédit et l’incertitude d’un accord de sortie, c’est toute l’Union européenne qui vacille après le récent rejet par les députés britanniques de l’accord de sortie de l’Union européenne négocié entre le gouvernement britannique et la Commission européenne. Décryptage avec Alessandro Barattieri



À l’horizon 2020 et sans accord de sortie avec l’UE, les Britanniques verraient leur produit intérieur brut diminuer de 10.5%, le taux de chômage grimper à 7.5% et l’inflation augmenter de 6.5%. Des prévisions catastrophiques, mais loin d’être utopistes si l’on en croit la Banque d’Angleterre qui a publié cette analyse. 

La réalité rattrape tout doucement les prévisions pessimistes : « Il y a déjà eu une certaine dépréciation de la livre sterling et beaucoup d’entreprises sont en train de déménager leur siège social hors du Royaume-Uni. » explique Alessandro Barattieri. Par exemple, Sony a récemment annoncé le déménagement de son siège social aux Pays-Bas, tandis qu’Airbus menace de le faire en cas de non-accord. Plus récemment, Nissan a de son côté annulé la production d’un de ses modèles en Angleterre. Le sort de la City est plus qu’incertain : « Qu’est-ce qui va empêcher les banques internationales à s’installer dans un autre pays ? Francfort ou Paris pourraient donc devenir le nouveau pôle économique européen ». 



L’UE fragilisée

Si les conséquences d’une sortie sans accord sont relativement claires pour les Britanniques, l’Union européenne n’en sortirait pas non plus grandie. 

« L’Europe risque de se marginaliser encore un peu plus dans le marché économique mondial face aux USA et aux pays d’Asie. Cela fait déjà plus de 20 ans que l’axe économique mondial s’est déplacé de l’Atlantique au Pacifique » explique le professeur du Département des sciences économiques.  

Un autre point d’interrogation consécutif au Brexit concerne le sort des deux Irlande. « La frontière terrestre entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande constitue un véritable casse-tête. Soit, on ne réinstaure pas la frontière et cela devrait impliquer alors des différences légales entre les deux parties de l’île. Soit il existerait de nouveau une barrière physique entre les deux et cela pourrait perturber et fragiliser l’accord de paix du Vendredi Saint de 1998. Tout cela entraîne énormément d’incertitudes ».  

Seule consolation, le Royaume-Uni ne devrait pas inspirer d’autres pays européens même avec une sortie de l’UE avec accord. « La grande différence, c’est la devise. Si un autre pays désirait suivre l’exemple britannique, le coût et les complications liées à la monnaie commune seraient rédhibitoires. Cela restreindrait donc l’effet domino aux très petits pays qui n’ont pas encore adopté l’euro. Mais pour ces pays, les avantages de faire partie de l’UE sont tels que cela n’aurait pas de sens de vouloir s’en séparer ». 



À quoi s’attendre ?

Que se passera-t-il après la date butoir du 29 mars ? Bien malin celui qui pourra le prédire. « Nous sommes dans une période de grande incertitude. Certains pays européens, privilégient une sortie sans accord afin de mettre fin à cette incertitude. Une autre solution serait de prolonger les négociations, mais il y a également le problème de l’échéance des élections européennes du 26 mai. » En effet, 27 des 73 sièges des députés britanniques ont déjà été redistribués entre les autres pays et les 46 restants seront gardés en réserve en cas d’élargissement de l’UE. Il serait donc inconcevable de revenir en arrière, un véritable imbroglio !

« C’est un peu comme un mariage sur le déclin. 40 ans plus tard, on ne voit plus que les défauts du partenaire et on a oublié les raisons de cette union » conclut non sans humour Alessandro Barattieri. 

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