24 Janvier 2019

La transition écologique est-elle en panne ?

À l’heure où le gouvernement français annule la hausse de la taxe carbone face au mouvement des « gilets jaunes », qu’en est-il de la transition écologique au Canada ? Quel modèle adopte-t-on et quel rôle les chercheurs doivent-ils prendre dans cette transition ? Décryptage avec Mark Purdon, professeur au Département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale

Recommandée par les économistes, l’idée de la taxe carbone est plutôt simple : pour réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES), on augmente les taxes sur les énergies fossiles, comme le gaz ou le pétrole, obligeant ainsi les particuliers et les entreprises à trouver des solutions alternatives. « La taxe carbone est très attirante car avec une augmentation de celle-ci, on voit presque immédiatement une diminution des émissions de GES. Mais cela ne se fait pas sans mal, engendrant des problèmes politiques et une difficulté à mettre en place comme on peut le constater en France », explique ainsi M. Purdon. 

Taxe carbone : contradiction québécoise ? 

Selon un récent sondage commandé par l’Institut économique de Montréal, 62% des Québécois sont favorables à une taxe sur le carbone. Pourtant, 60% d’entre eux disent être opposés à payer plus cher le prix du carburant. Les Québécois sont-ils contradictoires ? Mark Purdon nuance : « Pour mettre en place une telle taxe, il faut proposer des solutions alternatives. Or, le marché n’en offre pas suffisamment. Par exemple, le marché des voitures électriques est encore à l’état embryonnaire ce qui ne permet pas une transition adéquate. » 

Il faut également comprendre les différences entre la politique fédérale et celle du Québec concernant la tarification du carbone : « La politique fédérale se veut pratiquement équitable en termes de revenus. » Le gouvernement redistribuera, en effet, 90% des recettes de la taxe carbone aux contribuables. « Au Québec, les revenus recueillis par le marché du carbone sont conservés par le gouvernement provincial pour être investis dans des projets entraînant une réduction des émissions (le Fonds vert). Une politique qui n’est pas totalement convaincante et qui a subi bon nombre de critiques, notamment dans la manière dont ces fonds sont dépensés. ». Il s’agit donc plus de rationalité que de contradiction de la part des Québécois. 

La Belle Province est également pointée du doigt pour son manque de résultats concernant la réduction de ses émissions de GES, mais là encore Mark Purdon nuance : « Nous ne tenons pas suffisamment compte des réductions des émissions de GES résultant du partenariat entre le Québec et la Californie ». En effet, le marché du carbone mis en place en 2013 offre aux entreprises un système de plafonnement et d’échange de droits d’émission de gaz à effet de serre entre le Québec et la Californie. « Il n’y a pas encore de recherche réalisée sur le sujet donc nous manquons d’information ».

Rationaliser la recherche

Quelle place doivent prendre les chercheurs dans cette transition écologique ? Loin d’être un acteur isolé, M. Purdon insiste sur l’importance d’élargir les horizons. « Nous devons travailler en collaboration avec les gouvernements, les décideurs et le secteur privé. Il s’agit de comprendre les réalités et la complexité des politiques. En tant que chercheur, nous avons parfois tendance à rester entre nous. Il faut au contraire comprendre les contraintes du politique et faire face à cette réalité ». 

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