29 Janvier 2021

Deux professeurs de l’ESG UQAM renouent avec le plaisir d’enseigner en apprivoisant les outils technologiques

Les professeurs Luc Noppen et Lucie K. Morisset enregistrent leurs capsules vidéo à partir du studio installé dans le sous-sol de leur maison. Photo: Lucie K. Morriset

Mécontents à la fois pour eux et pour leurs étudiants des conditions dans lesquelles ils ont dû terminer le trimestre d'hiver, l'an dernier, les professeurs Lucie K. Morisset et Luc Noppen du Département d’études urbaines et touristiques ont décidé d'effectuer un virage technologique. Chacun à sa façon, ils se sont bricolé un studio qui leur permet d'offrir des cours à la hauteur de leurs attentes... et de renouer avec le plaisir d'enseigner.

En mode asynchrone

Lucie K. Morisset et Luc Noppen ont choisi une approche innovante. « À l'été 2020, nous avons repensé nos cours d’A à Z afin de les subdiviser en thèmes et en objectifs d'apprentissage. Chaque séance de cours est devenue une capsule préenregistrée, à laquelle les étudiants ont accès en mode asynchrone », explique Lucie K. Morisset.

Les deux professeurs (qui forment un couple dans la vie) ont mis à profit leurs expériences de jeunesse. « Je m'y connaissais en montage, Luc en enseignement télévisé et nous avions tous les deux fait de la régie au théâtre il y a très longtemps », note en riant la professeure, qui est titulaire de la Chaire de recherche du Canada en patrimoine urbain.

Un studio au sous-sol

Ils se sont munis d'un iPhone 11 Pro, d'une webcam 4K, d'un micro de table, d'un kit micro-cravate/micro-casque sans fil, de trois lampes DEL à température ajustable sur trépied, d'un écran vert, d'un ordinateur avec une bonne carte graphique, de deux moniteurs supplémentaires et d'un casque d'écoute pour la prise de son. Ils ont installé le tout dans le sous-sol de leur maison.

Les deux profs créent leurs capsules didactiques avec Camtasia. « Cette suite logicielle nous permet d'enregistrer en très haute définition sur plusieurs canaux à la fois, ce qui nous permet, par exemple, d'utiliser plusieurs caméras pour obtenir différentes pistes visuelles – un diaporama PowerPoint, nos explications magistrales, un extrait de film, etc. –  et jusqu'à deux pistes sonores. Nous pouvons ensuite procéder au montage de ces pistes en les combinant ou en éliminant certaines parties pour rendre le tout dynamique. »

Des effets visuels et sonores

Bien conscients de faire concurrence à Netflix et aux consoles de jeux vidéo auprès des étudiants confinés, ils ont misé sur l'ajout d'effets visuels et sonores afin de mettre l'accent sur certaines notions dans leurs capsules. « Il ne faut pas abuser du procédé, mais cela permet de garder l'attention des étudiants et les force à lire ce qui apparaît à l'écran», note Lucie K. Morisset.

Les capsules sont ensuite téléversées sur Vimeo et l'URL est indiqué sur Moodle à l'intention des étudiants, qui peuvent les visionner sur la plateforme ou les télécharger. « Luc a réalisé 27 capsules de 20 à 30 minutes pour le cours de bac Dimensions morphologiques et patrimoniales de la ville, tandis que j'en ai réalisé 14, qui durent entre 30 et 40 minutes, pour le cours de doctorat La patrimonialisation. » 

Puisque les étudiants visionnent les capsules à leur rythme, les rencontres ZOOM servent uniquement à répondre à leurs questions. « Cela nous permet de vérifier ce qu'ils ont compris et de les aiguiller au besoin, dit la professeure. Nous nous servons également des commentaires des étudiants pour modifier, ajuster ou bonifier nos capsules. »

Les étudiants ont semblé apprécier leur méthode. « Depuis la fin du trimestre, Luc n'a cessé de recevoir de longs courriels dans lesquels les étudiants soulignent la qualité des capsules et l'organisation du cours. C'est très émouvant », raconte Lucie K. Morriset.

Déménagement à venir

Leur studio maison a servi également à leurs activités de recherche – comités, conférences, formations, etc. « Nous avons effectué une vingtaine d'interventions en 4 mois, parfois en direct, parfois en mode préenregistré », souligne Lucie K. Morisset. 

Le plus gros de ces événements fut le lancement de l'ouvrage L'architecture de l'identité, soulignant les 50 ans de carrière de Luc Noppen, qui a réuni virtuellement 150 personnes en décembre dernier. « Il s'agissait d'une combinaison complexe de sections préenregistrées et de direct, comme des lectures de certains extraits du livre, le tout associé à une heure de discussions en petits groupes avec la plateforme SocialHour. L''enregistrement a ensuite été rendu disponible aux personnes qui ont participé à l'événement. »

Les deux complices comptent bien récupérer leur espace personnel et déménager ce studio maison à l'UQAM lorsque les choses seront revenues à la normale. « Nous avons proposé d'installer les équipements dans les locaux de la Chaire. Ainsi, les étudiants et les membres associés pourront enregistrer des capsules portant sur leurs travaux de recherche, que nous pourrons diffuser sur le site web. »

Lucie K. Morisset a hâte de retourner en classe afin de renouer avec les étudiants. « Décoder le langage corporel et les émotions qui surgissent pendant un cours font partie de la construction de la relation affective qui s'instaure entre une professeure et ses étudiants. Cela me manque beaucoup », conclut-elle. 

Une expérience technologique exigeante qui en vaut le coup

« Je ne peux que constater que les collègues qui font trois heures de ZOOM sur le mode magistral sont encore plus épuisés que les étudiants », dit la professeure, qui a cosigné avec Luc Noppen un article sur leur expérience technologique dans le bulletin des professeurs retraités. « Cela dit, je ne vous mentirai pas: reconstruire ces cours et maîtriser tous les aspects techniques fut éreintant. Mais le résultat en a valu la peine. »

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