L’ESG UQAM a accueilli, le 25 septembre 2026, une journée de recherche du SMOQK consacrée aux travaux récents en économie du développement. Organisé par le professeur Marlon Seror (Département des sciences économiques), l’événement a réuni une trentaine de participantes et participants provenant de plusieurs universités autour de présentations professorales, de discussions scientifiques et d’une séance de posters étudiants. Il s’agit de la quatrième journée de recherche du SMOQK, dont Marlon Seror est co-fondateur, depuis sa création en 2022. Le SMOQK est un groupe, co-fondé par des chercheur.e.s d’universités situées à Sherbrooke, Montréal, Ottawa, Québec et Kingston, pour développer l’économie du développement et resserrer les liens entre spécialistes de ce champ dans la région.
La rencontre a permis à des professeur.e.s et étudiant.e.s de différentes institutions universitaires de présenter leurs recherches en cours et d’échanger autour de plusieurs grands enjeux contemporains du développement économique. Les travaux présentés ont notamment porté sur les normes de genre, l’innovation, les inégalités, les changements climatiques, les déplacements forcés, les politiques de change et l’allocation du travail.
La première session s’est ouverte avec Sonia Laszlo, professeure à l’Université McGill, qui a présenté une étude consacrée aux normes de genre, à l’emploi et au partage du travail domestique au Pérou. À partir d’une expérience menée à Lima, son équipe montre notamment que les hommes comme les femmes tendent à percevoir les autres comme plus conservateurs qu’ils ne le sont réellement en matière de normes de genre. L’étude s’intéresse également à la manière dont ces croyances sont liées au partage des tâches au sein des ménages.
Nwakego Eyisi, de la University of Nigeria et collaboratrice de recherche à l’Université d’Ottawa, a ensuite présenté ses travaux sur la formation des capacités d’innovation dans les économies émergentes et en développement. Sa recherche propose notamment un indice permettant de saisir les capacités qui se forment en amont des indicateurs traditionnels de l’innovation, comme les dépenses en recherche et développement. L’étude met en évidence les liens entre cette formation des capacités, les systèmes de santé et la capacité statistique des États.
La deuxième session a débuté avec Zhexun Mo, de l’Université Laval, qui s’est intéressé à l’évolution des inégalités de revenus en Chine entre 1988 et 2023. À partir des données du China Household Income Project, ses travaux montrent que la diminution des inégalités nationales observée depuis la fin des années 2000 s’explique largement par une convergence des revenus entre les populations urbaines et rurales. Cette évolution s’accompagne toutefois du maintien d’importantes inégalités au sein même de ces deux groupes.
Olivier Damette, professeur invité à l’ESG UQAM, a poursuivi avec une recherche portant sur la couverture végétale et la sensibilité de la croissance économique régionale aux températures. À partir de données économiques, climatiques et satellitaires couvrant plus de 1 600 régions, ses travaux montrent que les régions plus végétalisées présentent une réponse économique plus favorable aux variations de température. L’étude souligne ainsi l’importance potentielle des conditions environnementales locales dans l’adaptation aux changements climatiques.
La troisième session s’est ouverte avec Isambert Leunga Noukwe, professeur à l’Université de Sherbrooke et titulaire d’un doctorat de l’UQAM, qui a présenté une étude sur les coûts économiques des restrictions de mobilité imposées aux réfugiés au Kenya. Ses travaux montrent que les politiques d’encampement peuvent non seulement empêcher les réfugiés d’accéder aux lieux et secteurs où leurs compétences seraient les plus productives, mais également influencer leurs décisions d’investissement en capital humain. L’étude met ainsi en lumière une dimension dynamique du coût économique des restrictions de mobilité.
Raphaël Godefroy, professeur à l’Université de Montréal, a ensuite présenté une recherche consacrée aux effets de la dévaluation du franc CFA de 1994. En combinant notamment des données satellitaires sur les terres cultivées avec des données démographiques et économiques, les chercheurs analysent les effets réels de cet important ajustement du régime de change. Leurs résultats mettent notamment en évidence une expansion des superficies cultivées dans les zones présentant de meilleures conditions pour l’agriculture après la dévaluation.
Enfin, Jean-François Gauthier, professeur à HEC Montréal, a présenté une recherche sur la manière dont les ménages apprennent leur avantage comparatif lorsqu’ils choisissent entre activités agricoles et non agricoles en Indonésie. L’étude montre que les ménages ne connaissent pas nécessairement, au départ, le secteur dans lequel ils sont les plus productifs. Ils apprennent progressivement à partir de leurs revenus et peuvent ainsi modifier leurs choix d’activité. Ce processus d’apprentissage permet de mettre en évidence le rôle des frictions informationnelles dans la mauvaise allocation du facteur travail.
Une place importante accordée à la relève
La journée s’est poursuivie avec une séance de posters étudiants, la première dans l’histoire du SMOQK. Douze jeunes chercheuses et chercheurs provenant de cinq universités ont ainsi eu l’opportunité de présenter leurs travaux et d’échanger avec les professeur.e.s présent.e.s. Les recherches exposées témoignaient de la diversité des enjeux abordés par la relève en économie du développement.
Geoffroy Boko s’est intéressé aux conditions dans lesquelles les booms de ressources naturelles n’entrainent pas le « Dutch disease » et favorisent l’emploi des femmes. tandis qu’Ando Rahasimbelonirina a présenté un travail sur l’accès à l’eau, les contraintes de temps et l’allocation du travail des ménages dans les zones rurales de l’Ouganda. Fatou Sidibé a, pour sa part, étudié les effets des chocs pluviométriques sur les inégalités de genre au sein des ménages au Sénégal.
De l’Université de Sherbrooke, Epio Odette Bayala a présenté une recherche consacrée à l’érosion côtière, au capital humain et aux stratégies d’adaptation au Sénégal. Amadou Djarougha Diallo s’est intéressé à la résilience des populations confrontées simultanément aux chocs climatiques et aux conflits au Mali.
L’Université McGill était représentée par Hugues Djima, qui a présenté ses travaux sur le pouvoir de négociation des femmes et les réformes du droit de la famille, ainsi que par Sichang Huang, dont la recherche porte sur le rôle des liens des dirigeants avec leur région d’origine dans l’allocation des infrastructures en Chine.
De l’Université d’Ottawa, Rainier Ric de la Cruz a présenté une étude consacrée aux conséquences électorales de la guerre contre la drogue menée sous la présidence de Rodrigo Duterte aux Philippines, tandis que Kayla Xiao s’est intéressée aux effets d’inspections anticorruption mises en œuvre progressivement en Chine sur la criminalité.
Enfin, deux doctorants de l’ESG UQAM ont également présenté leurs travaux. Shukuru Kasiwa s’est intéressé au rôle de la migration dans l’ouverture de nouveaux marchés d’exportation pour les économies en développement. Massaer Mbaye a, quant à lui, présenté une recherche sur le développement économique et la participation des femmes au marché du travail.
À travers les trois sessions de présentations et la séance de posters, cette journée a permis de réunir des travaux mobilisant des approches empiriques et théoriques variées autour d’une même préoccupation : mieux comprendre les mécanismes qui façonnent les trajectoires de développement. Elle a également offert aux professeur.e.s et à la relève en recherche un espace d’échange entre plusieurs communautés universitaires et de discussion autour de travaux en cours.
La prochaine édition de la Journée de la recherche aura lieu l’année prochaine, le 24 septembre 2027. Elle sera coorganisée à McGill par Sonia Laszlo.




