Une étude pilote présentée à l’occasion de l’Americas Conference on Information Systems (AMCIS), en août 2025 à Montréal, ouvre la voie à un champ de recherche jusque-là encore sous-exploré.
La professeure Ariane Ollier-Malaterre (Département d’organisation et ressources humaines), titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur la régulation du numérique dans la vie professionnelle et personnelle, et Qingyu Liang, doctorant (aujourd’hui professeur à la City University de Macao) spécialisé en interactions humain–IA, ont croisé leurs champs d’intérêt dans le cadre d’une étude menée lors du stage doctoral et post-doctoral de ce dernier.
Comme le souligne la professeure, au-delà des fonctions techniques, les agents conversationnels et les robots sociaux endossent de plus en plus des rôles relationnels : amis, mentors, thérapeutes, aidants, compagnons, voire partenaires amoureux. Cette évolution soulève une question centrale : lorsque les humains envisagent une relation intime avec une IA, préfèrent-ils interagir avec un robot physique ou avec un agent virtuel à l’écran?
L’étude pilote
Les résultats issus d’un sondage en ligne mené auprès de 28 participants montrent d’abord que l’acceptabilité des relations humain–IA varie fortement selon le type de relation. Plus des trois quarts des participants se disent ouverts à l’idée d’une IA comme amie, mentor ou thérapeute, tandis que moins d’un sur cinq envisagent une relation amoureuse ou sexuelle. Ensuite, les préférences entre robots physiques et agents virtuels ne sont pas uniformes. Les robots physiques sont largement favorisés pour les relations impliquant une dimension affective incarnée ou une interaction tangible, comme les soins, la compagnie d’un animal ou une relation romantique. À l’inverse, les agents virtuels sont préférés dans des contextes comme la thérapie ou le mentorat.
Un projet qui pave la voie
Les auteurs appellent à la prudence en raison de la taille limitée de l’échantillon. Mais cette étude jette les bases d’une réflexion essentielle pour le développement d’IA centrées sur l’humain. La professeure Ollier-Malaterre mentionne par ailleurs que les résultats de ce projet ont conduit les chercheur(e)s à reproduire l’étude auprès d’un échantillon plus large de 447 répondants et avec une méthodologie bonifiée. Un article issu des résultats est actuellement en évaluation pour publication. Ce terreau fertile en connaissances donnera aussi lieu à 2 autres analyses, qualitatives celles-là, visant à mieux cerner les raisons qui poussent les individus à développer (ou pas) des relations intimes avec l’IA. Tyler Brosseau, étudiant au baccalauréat, s’est joint à l’équipe pour conduire des entretiens approfondis.
Comprendre pour mieux intervenir
La professeure précise que l’étude s’inscrit d’abord dans une perspective de sociologie de l’intime. Mais ses résultats éclairent certains enjeux de gestion. La multiplication des interactions avec l’IA en milieu de travail invite les gestionnaires à mieux comprendre les relations que les individus peuvent développer avec ces technologies. Cette compréhension peut prévenir des jugements hâtifs, notamment dans des contextes de surveillance numérique qui révèleraient ces échanges, et favoriser des interventions plus nuancées, fondées sur la connaissance de ce phénomène plutôt que sur des stéréotypes.




