Accueil Recherche Impact environnemental des entreprises : entre divulgation et réalité. La professeure Mādālina Solcánu s’intéresse à la question.

Impact environnemental des entreprises : entre divulgation et réalité. La professeure Mādālina Solcánu s’intéresse à la question.

Les travaux de la professeure Mādālina Solcánu montrent que les rapports environnementaux des entreprises sous-estiment souvent leur impact réel, faute de ressources et de méthodes adéquates. Elle plaide pour des normes plus exigeantes et une plus grande transparence afin de mieux mesurer les effets des activités des entreprises sur l’environnement et la société.

La professeure Mādālina Solcánu, du Département des sciences comptables à l’ESG, a publié en début d’année, avec le professeur Samuel Sponem (HEC), un article dans La Conversation / The Conversation sur la mesure des impacts environnementaux des entreprises.

Les travaux de la professeure Solcánu découlent d’un paradoxe : comment se fait-il que depuis plus de vingt ans, les grandes entreprises publient des rapports de développement durable démontrant un engagement soutenu vers une réduction de leur empreinte environnementale alors que le consensus scientifique est clair : la pollution continue de s’intensifier.

Dès lors, une question s’impose : comment les données divulguées par les entreprises sont-elles produites et dans quel contexte ? Sont-elles fiables ? Les indicateurs exigés par la loi permettent-ils réellement de mesurer l’impact environnemental des organisations ?

Manque de ressources

Pour y répondre, la professeure a interrogé une cinquantaine de professionnels responsables de la production et de la divulgation de ces données, dans des secteurs comme les ressources naturelles, l’industrie manufacturière et le transport. Elle observe que ces intervenants évoluent dans un contexte exigeant, avec des ressources souvent limitées. « Ce sont des gens de bonne foi, engagés, mais contraints par des moyens restreints », souligne-t-elle. Les limites sont à la fois financières, humaines et technologiques.

Un impact sous-estimé

Les processus de collecte et de traitement des données demeurent récents et complexes, surtout dans des organisations aux structures lourdes. Certaines entreprises vont au-delà des exigences réglementaires, mais la majorité s’en tient au minimum requis. Les rapports offrent alors un portrait partiel, parfois difficile à interpréter, qui tend à sous-estimer l’impact réel des activités. La professeure Solcánu évoque ainsi une forme d’« hypocrisie organisationnelle », marquée par un décalage entre les engagements affichés et les pratiques.

Plus de transparence

Dans ce contexte, elle insiste sur l’importance d’investir davantage dans les outils, les équipes et les méthodes de collecte. L’adoption de normes élaborées par lInternational Sustainability Standards Board (ISBB) pourrait marquer une avancée. « Ces exigences devraient améliorer la transparence et la comparabilité des données, ce qui permettrait de mieux évaluer la performance environnementale des entreprises. Ces normes comportent néanmoins des lacunes. La principale tient à l’approche de matérialité simple – ou matérialité financière – qui limite la divulgation aux enjeux environnementaux susceptibles d’influencer les résultats financiers. Or, il conviendrait d’exiger des entreprises qu’elles rendent également compte de leurs impacts significatifs sur l’environnement et la société, selon une logique de matérialité d’impact ou de double matérialité », conclut-elle.

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